Texte : L. ARAGON

Musique : J. FERRAT

 

HEUREUX CELUI QUI MEURT D'aimer

 

Ô mon jardin d'eau fraîche et d'ombre

Ma danse d'être mon cœur sombre

Mon ciel des étoiles sans nombre

Ma barque au loin douce à ramer

Heureux celui qui devient sourd

Au chant s'il n'est de son amour

Aveugle au jour d'après son jour

Ses yeux sur toi seule fermés

 

Heureux celui qui meurt d'aimer

 

D'aimer si fort ses lèvres closes

Qu'il n'ait besoin de nulle chose

Hormis le souvenir des roses

À jamais de toi parfumées

Celui qui meurt même à douleur

À qui sans toi me monde est leurre

Et n'en retient que les couleurs

Il lui suffit qu'il t'ait nommée

 

Heureux celui qui meurt d'aimer

 

Mon enfant dit-il ma chère âme

Le temps de te connaître ô femme

L'éternité n'est qu'une pâme

Au feu dont je suis consumé

Il a dit ô femme et qu'il taise

Le nom qui ressemble à la braise

À la bouche rouge à la fraise

À jamais dans ses dents formée

 

Heureux celui qui meurt d'aimer

 

Il a dit ô femme et s'achève

Ainsi la vie ainsi le rêve

Et soit sur la place de grève

Ou dans le lit accoutumé

Jeunes amants vous dont c'est l'âge

Entre la ronde et le voyage

Fou s'épargnant qui se croit sage

Criez à qui vous veut blâmer

 

Heureux celui qui meurt d'aimer